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Interview : Beirut

Interview Beirut the Flying Club CupAttendu comme le Messie, la nouvelle galette de Beirut possède la grace et la ferveur d'un artiste passionné et curieux, lorgnant maintenant sur l'Europe de l'Ouest. The Flying Club Cup (à paraître le 9 octobre) fait référence à cette bonne vieille France des cartes postales, brouillant soigneusement les repères entre chansons pop, orchestre des Balkans et guitare à quatre cordes.
C'est avec une émotion certaine que j'avais rendez-vous avec Zach Condon de Beirut pour un entretien exceptionnel, quelque part dans une cour d'immeuble de la rue Condorcet. Une interview en anglais et en français où il est question de Paris, de ses amis, de cheminement musical, de travail d'écriture, de son rapport à la scène, et du Kocani Orkestar bien sûr.

Zach, on te voit beaucoup à Paris ces temps-ci, on dirait qu’il se passe quelque chose avec la France...
Quand j’avais 15 ou 16 ans, je regardais beaucoup de films en français en ajoutant les sous-titres : Godard, "les 400 coups", "Pickpocket"... A 17ans je suis venu pour la première fois à Paris en voyage de classe et suis tombé littéralement amoureux. Je ne voulais plus partir, j’avais trouvé ma place ici ! C’est assez bête de dire ça à un français (rires)

A propos d’où vient cet extrait de dialogue sur le titre «Nantes» ?
Ca vient d’un film avec Brigitte Bardot, le Mepris. C’est une private joke en fait. J’espère que ce n’est pas contre la loi, on n’a pas demandé les droits… sinon on est mal (rires)

J’ai écouté ton nouvel album, The Flying Club Cup, on murmure qu’il y aurait un projet de DVD derrière ?
C’est vrai. Tous les morceaux sont rejoués live, sous la forme de Concerts à emporter en un seul plan séquence. Par exemple, je suis dans Paris, Mathieu Saura [réalisateur des Concerts à emporter ndlr] pousse une porte et on atterri dans un nouvel endroit. C’est assez étrange. Le tournage n’est pas terminé on doit enregistrer plusieurs chansons à New York. En fait j’ai rencontré Mathieu à la fin de l’enregistrement de The Flying Club Cup au studio d’Arcade Fire (ils ont une grande église transformé en studio). Moi j’étais avec Owen Pallet qui a fait les parties aux violons de l’album, et lui filmait un documentaire sur eux.

Arcade Fire d’ailleurs, qui ont joué sur scène avec toi.
C’était lors d’un concert à New York le 6 Mai dernier. Je ne sais pas s’ils connaissaient Beirut, mais il y avait quelques membres d’Arcade Fire effectivement. On a demandé à tous nos amis trompettistes qui se trouvaient à New York de venir jouer sur scène avec nous, c’était tellement bizarre, étonnant. On s’est vraiment marré… L’idée est venu de Jon Natchez, qui joue de la mandoline, il voulait absolument trouver une vingtaine de trompettistes pour ce soir-là !

A quoi ressemblaient les premiers concerts de Beirut ?
Au début j’ai tout enregistré tout seul. Et puis quand Ba Da Bing! mon label m’a proposé de faire des concerts, j’avais une peur bleue, je n’étais jamais monté sur scène. Alors j’ai demandé de l’aide à quelques amis, d’abord à un gars incroyable qui peut jouer avec tout ce qu’il a entre les mains, puis Jérémy Barnes de Neutral Milk Hotel nous a rejoint aux percussions et on fait 2 ou 3 concerts comme ça. C’était vraiment embarrassant on n’avait aucune idée de comment faire un vrai concert. Et puis d’autres musiciens, des amis d’amis sont apparus, ça a bien fonctionné.

Comment s’est passé l’enregistrement du nouvel album avec un tel orchestre ?
Au départ j’écris tout, différentes parties rudimentaires. Avec les musiciens mes simples notes de piano se transforment en quelque chose d’incroyable, puis on ajoute une batterie et ça prend encore plus d’ampleur (il mime un break de batterie). La seule personne à qui je ne pouvais écrire la partition c’était Owen Palet avec qui j’ai travaillé. J’étais tellement excité ! Il a fait un travail remarquable, il est très fort pour combiner les sons ensemble. Je l’ai laissé tranquille faire les arrangements de toutes les cordes de l’album, c’est rare parce que d’habitude j’aime avoir le contrôle. Owen a chanté aussi sur « Cliquot », c’est un garçon très humble il déteste sa voix, je l’ai encouragé à y aller sur ce titre.

On t’as vu sur scène au Trabendo en juin, et à la Flèche d’Or il y a quelques semaines. Comment c’était ?
Pour moi c’était un moment fabuleux : la première fois que j’ai joué tout seul pendant un concert. C’était vraiment quelque chose parce que je suis très timide. Et puis le Kocani Orkestar, je voulais les rencontrer depuis tellement longtemps ! Quand je les ai vu la première fois c’était marrant, il y en a en fait un seul qui parle anglais on ne se comprenait pas toujours… Le soir de la Soirée à emporter, ils ont réarrangés « Sunday Smile » d’une façon extraordinaire. Je voulais quelque chose de très différent de l’album et le résultat était juste incroyable. C’était comme un rêve, je ne pouvais plus me contrôler ! (rires)












Comment ça s’est passé cette rencontre avec le Kocani Orkestar?
Grâce à Chryde de la Blogothèque. C’était un cadeau. Il leur a montré ma musique et a organisé la rencontre.

J’ai découvert le Kocani en Turquie, dans une soirée avec Shantel…
J’ai du mal avec ça, il y a vraiment un effet de mode autour de la musique gypsy. Moi j’ai entendu ça la première fois dans les films d’Emir Kusturica... Maintenant, c’est Madonna qui fait un morceau au Live Earth avec Gogol Bordello ! Je ne sais pas quoi en penser si c’est bien ou si c’est mal. Je suis sûr que ça va devenir énorme et puis disparaître. Mais en même temps c’est bien que ça ne soit plus caché… C’est terrible quand les gens écoute la musique « du monde » de manière scientifique, presque ethnologique, comme on fait de la recherche. Aux débuts, les américains ne comprenaient la word music que sous l’aspect tribal, en l’utilisant dans de mauvais remix technos ou comme quelque chose à étudier. On voit ça maintenant comme de la « pop-music ». C’est moins pire certes, mais l’appellation n’est vraiment pas pertinente, c’est une musique triste à la base.

Est-ce que pour toi l’aspect de la découverte fait partie prenante de la musique ?
Oui, le sentiment de la découverte est une partie de la joie qu’on éprouve quand on recherche quelque chose en musique. Tu l’attends, tu as prié pour l’avoir. Je ne suis pas sûr que ça soit forcément une bonne chose, mais c’est tout à fait ce que je ressens quand j’écoute une musique nouvelle qui me bouleverse, originale ou singulière.

C’est pour cela que « the Flying Club Cup » est si différent du premier ?
Absolument. Je cherche continuellement à aller de l’avant, c’est une obsession. Ce que je veux dire c’est que lorsque tu découvres quelque chose de complètement nouveau, tu ne pas rester bloqué sur tes bases. Au début j’étais fan d’électro allemande, de house minimal, le label Compact et tout ça. J’ai fait tout un album dans cette veine, en essayant ensuite d’y ajouter les éléments d’un brass-band. (il mime) C’était pas trop mal je crois (rires).

As-tu déjà des pistes pour ton prochain album ?
Je pense sérieusement enregistrer un morceau entier avec le Kocani Orkestar en Macédoine, et revenir à Mexico jouer avec un groupe de mariachis. Au fond, à bien y regarder, ma musique est une forme démodée de musique pop : une mélodie accrocheuse présentée simplement d’une nouvelle façon. A l’avenir, j’aimerai essayer d’en faire quelque chose d’absurde.


Réalisé le 29.08.2007 par Manu. Merci à JP et Chloé
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