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Le Yakuza est dans la place

DJ Yakuza - Sunset sessions
Retour au Ghetto samedi soir, pour DJ Yakuza accompagné du saxophoniste Richard Hamer. Les deux compères se connaissent bien puisqu’il en commun le projet Orient Expressions, mélange explosif d’électro-jazz, folk et de chansons traditionnelles. De son côté Can Utkan, aka DJ Yakuza, est sans doute l’un des DJs les plus incroyables qu’on peut écouter ici à Istanbul. Il opère à ses débuts entre le Brésil et Tokyo, alternant drum’n’bass, break beat et down tempo. Figure emblématique de la très exigeante Radio Oxigen, il mélange les genres et définit à lui seul le son d’Istanbul : jazz, ethno music, turquerie… Il écoute tous les styles, ce qui fait de lui un des DJs (mais aussi producteur) les plus aware de la planète. Et on a déjà vu de quoi le bonhomme est capable, la dernière fois au club GarajIstanbul plein à craquer !
Au Ghetto, le duo transformé en trio fait un malheur. Il y a DJ Yakuza, un saxophone et des percussions. Chacun y va de son complet, et Richard Hamer lâche des solos incroyables. C’est ingénieux, et impossible à étiqueter. Le seul hic : le public ne prends pas et seul un groupe d'internationaux excités (nous) danse devant les musiciens. Ici c’est chic. Tan pis pour les autres, nous on aura profité pendant plus de 2 heures. Prochain rendez-vous avec ses Orient Expressions le mois prochain. Bonzaï !


Du côté du Ghetto

Erik Truffaz Quartet Istanbul
Je ne m'y connais pas trop en jazz. Mais pas besoin de d'avoir chez soi les intégrales de Louis Armstrong, Marcus Miller ou Miles Davis pour apprécier la trompette d'Erik Truffaz. C'est parti, j'emmène Clem et Lies avec moi à la découverte de ce jazzman peu orthodoxe, pour une soirée modern-jazz au Ghetto. Ghetto, c'est le tout nouveau club d'Istanbul, qui a ouvert ses portes début février. L'endroit est classieux, avec lustres, moulures et déco Michelangelo du sol au plafond. La carte est hors-de-prix. Sur les coups de 23heures, le quartet démarre dans une ambiance feutrée. Il y a Marcello Giuliani à la basse, Marc Erbetta à la batterie et Patrick Muller au piano. Les yeux mi-clos, Truffaz souffle dans sa trompette avec nonchalance. C'est prenant, entêtant, incroyable. Il marie les textures avec brio, avec des influences rock et rythmes hip-hop. On pense parfois au jazzband présent sur Kid A de Radiohead. Ils enchaîent les morceaux: "Belle de nuit", "Daddy don't come", "Miss Caba", une reprise de Gainsbourg, et biens d'autres que je n'ai pas pu identifier. Avec la soudrine "Je t'aime, moi non plus" devient redoutable, d'une sensualité brûlante. En rappel, les happy few de ce soir (cinquante, peut-être soixante personnes) auront droit au "Trippin' love" à paraître sur Arkhangelsk au mois de mars - et en écoute sur son myspace. Je prends une grosse claque, et le remercie personnellement, en français. Il me confiera qu'il préfère le Babylon où il a l'habitude de jouer, à ce genre de club trop uppé. Certes, mais on reviendra la programmation est excellente!
Pour les curieux, voyez du coté de la Blogothèque qui vient de publier une spit session entre Ed Harcourt et Erik Truffaz.

ERIK TRUFFAZ QUARTET king b. (mp3)
extrait du live Face à face


Selim Sesler, ou la musique gypsy


Selim Sesler n’est pas un simple musicien tsigane. Il représente à lui seul un condensé historique et géographique des Balkans, de l’Anatolie, du bassin méditerranéen et de ses proches frontières. Découvert pour ma part dans le documentaire Crossing the Bridge, the sound of Istanbul, le bonhomme m’a tout de suite enchanté. Film crucial pour tout amateur de musiques, on y trouve tous les genres musicaux qu’on trouve par ici : rap conscient, rock psychédélique, world djs, ou gypsy music... Le programme idéal des nuits stanbouliotes ! Ci-dessus un extrait vidéo, trouvé sur Youtube. NB : J’aurais préféré vous montrer mes propres vidéos, mais c’est impossible pour le moment.
Alors ce soir à Babylon, Selim Sesler nous entraîne avec sa clarinette et ses 7 selim seslermusiciens pour presque deux heures de live. Il faut dire qu’il fait l’unanimité partout où il passe ! Les trois anglais et les deux turcs que j’emmène avec moi, et qui ne le connaissaient pas, tombent sous le charme. A la croisé des musiques klezmer et tsiganes, sa clarinette rend simplement les gens heureux. Une seule recommandation : jettez-vous sur ses disques à défaut de le voir en live. Dernier en date : Anatolian Wedding (2006), en import chez tous les bons disquaires.

Then the letting go

Istanbul, la suite. Putain, Bonnie 'Prince' Billy ici! Et dire que je m'étais fait une raison, que j'allais ratter son passage à Paris! Direction le CRR Konser Salonu, une salle de concert prestigieuse, où on vient habituellement écouter de l'opéra et de la musique de chambre. Place assise numérotée, scène immense et une entrée complètement rattée. Obligés de meubler, Will Oldham (aka Bonnie 'Prince' Billy) et son groupe attendent patiamant un peu de courant pour faire marcher le matos. Basse, guitares, batterie, laptop et un immense piano à queue. Bonnie 'Prince' Billy invite Bob Dylan et Neil Young dans son mélange de country, de folk et de blues. C'est magnifique et resolument plus rock que sur album - The Letter Go, en tête de tous les classements de fin d'année. Cette voix inimmitable, accompagnée parfois du chant de Dawn McCarthy. L'ambiance est posée, on prend son temps et ces deux-là se renvoie la balle entre les morceaux. Avec sa moustache texane (en fait originaire de Louisville) Will Oldham a fière allure. Avec ce ton désinvolte et un style improbable, il réarange tous ses morceaux pour la scène: on le sais capable de jouer tous les genres, comme en témoigne sa récente collaboration avec Tortoise. Deux heures d'une qualité rare, and then the letting go. (pour Greg)

Les carnets de Dupuy-Berberian


Pas question de louper ça. Ce soir c'est le vernissage de l'exposition Dupuy-Berberian à l'Institut Français d'Istanbul. Grands maîtres de la
bande dessinée francophone, auteurs de plus de 30 albums, écrits et dessinés en commun, Philippe Dupuy et Charles Berbérian viennent de terminer un carnets de voyage sur Istanbul. Comme par hasard, deux auteurs que j'affectionne beaucoup. Ormis les classiques "Monsieur Jean" (extrait), je vous recommande tout particulièrement le "Journal d'un Album" (extrait) paru à l'Association dans lequel ils évoquent leur travail à 4 mains dans un ouvrage autobiographique absolument génial.
Mais revenons-en à notre expo.
Ils viennent ici nous présenter leur carnet de voyage en plus de nombreux dessins originaux et de courts-métrages, façon Gondry. L'occasion de rencontrer la communauté française (hyper présente dans cette ville, c'est historique) et de se faire de nouveaux amis! Vin rouge, vin blanc. On commence à discuter musique avec Charles Berberian, qui a signé l'ouvrage "Playliste" (extrait) faisant l'inventaire de ses disques et artistes préférés. Je connaissais déjà ses goûts pour Thelonious Monk, David Bowie, Neil Young ou encore Daniel Johnston et j'aborde la venue de Bonnie 'Prince' Billy en concert le surlendemain. Dans le mille!

Misirli Ahmet à Babylon


Envoyé spécial à Istanbul pour les 4 prochains moi, je découvre un peu plus chaque nuit ce qui fait le charme de la ville. Le centre de Taksim ne dort jamais, et ce soir nous découvrons ce le Babylon. Une salle de concert magnifique, entre le club de jazz et le club electro. Ici, la prorgrammation change tous les soirs: djs electro, rock pointu, chansons élegantes et superstars traditionnelles. Le Babylon a déjà accueilli des pointures internationalles en prenant soins de brouiller les frontières entre les styles: Stereolab, Amon Tobin, Jane Birkin, Birdy Nam Nam, Orishas... la liste est longue. La salle est pleine ce soir pour accueillir Misirli Ahmet, un joueur de derbouka hyper respecté.
Seul avec sa percussion, il possède une technique imparable et démarre très fort. Il utilise une technique qui l'a rendu célèbre dans tout le bassin méditerranéen, avec deux doigts de sa main. Il possède ce truc en plus, un jeu de frappes qu'il alterne avec des petits grattages avec ses ongles; c'est impressionnant. Quand il s'arrête c'est pour raconter comment il est parvenu jusque là, depuis une enfance extrêmement pauvre à scotcher devant les magasins de percussions, aux scènes du monde entier. Nous on assis autour d'une table avec une Efes locale (la bière en bouteille n'est pas donnée). La mise en scène est finement menée, utilisant un diaporama de photos d'Egypte, du desert et du cosmos. Il y a parfois une lumière de l'intérieur de la derbouka pour faire écho aux photos du soleil couchant. Misirli Ahmet frappe à une vitesse incroyable on dirait qu'il a 40 doigts: impossible de rester visser à sa chaise! Plus fort que -M- sur la version live de "Mama Sam", il entraine le public à frapper en rythmes, et ça marche à la perfection. On en redemmande. Il rejouera sa "Ballade du Caire" ("3 A.M. in Cairo") en rappel, et terminera sa performance sur une standing ovation largement méritée.

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