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Clap your feet say yeah

"Alter Ego" est cette fameuse scène de Cover Girl (1944) ou Gene Kelly danse avec lui-même, une chorégraphie magistrale qui lancera véritablement sa carrière au cinéma. Elle marque aussi les débuts de Gene Kelly en tant que grand chorégraphe. C’est immense et je découvrais ça ce matin même au petit déjeuner. C’est en farfouillant sur l’excellent Site Français Gene Kelly, que je trouve cette explication où il raconte : «Je voulais faire quelque chose qui ne pouvait être fait au théâtre, j’ai du inventé deux danses qui pouvaient être synchronisées mais il y avait pour le caméraman le problème de la répétition : nous avons finalement utilisé une caméra à tête fixe pour obtenir la précision la plus absolue. On a travaillé un mois environ pour cette danse et tourné en quatre jours, avec pas mal de temps pour obtenir la surimpression. Comme on m'avait dit que c'était impossible à réaliser, j'ai été ravi de prouver le contraire.».


Blague de match

"Winners côté court, losers côté coeur" c’est ainsi que Housse de Racket aime à définir sur myspace son opéra-pop autour de la baballe de tennis. L’idée est originale, le concept véritablement chic et sport : Repi Rep et Vico Vix se lance un match amical entre 2 copains d’enfance perdus par l’amour et le tennis. Une histoire drôle et futée qu’ils développent le long de leur set, un peu à la manière des concept albums de Stevie Wonder, Bowie ou McCartney. Sur scène, les Housse de Racket se balancent des rimes à base de synthés vintage, de pop et de funk. Le flow à deux balles (de tennis) de Paul et Victor joue largement sur la blague de match, et prennent à contre-pied les habitudes de la pop standard bien trop souvent premier degré. Les petits frenchies de Chaville se retrouent maintenant en finale pour devenir le buzz de la rentrée, le match peut commencer! Quelques titres sont à télécharger sur leur site.

Jason Edwards aux mains d'argent

Jason Edwards vient à peine de commencer quand j’investie sur les coups de 22heures les Caves du Chapelais, un endroit formidable situé à deux pas de la Place de Clichy. Idéal pour une soirée back to basics, boire des bières à la lumièrse des cierges (plantés dans les bouteilles de Kros) et écouter la folk tortueuse de Jason Edwards (Kill the DJ), cette fois accompagné de son groupe : saxophone, tom basse et cœur. Un public d’initiés est venu voir le prodige, découvert par les uns sur The Dysfunctional Family de Chloé & Ivan Smagghe, ou à la Fondation Cartier plus récemment pour les autres. Sa six cordes résonne contre les grands murs vides de la cave, et les sopts à même le sol donne un caché résolument DIY à la scène. Il manque un capot pour un titre, qu’importe : un spectateur s’improvise doigt-capot d’un soir. D’une voix grave, Edwards habille un blues décharné et entêtant, évoquant d’avantage Tom Waits que Leonard Cohen.
A l’initiative de mon confrère de W-h-y et Plan B, la soirée se prolongera tard dans la nuit avec quelques vidéos et DJs. Moi j’en resterai là, pensant à Jean-François Bizot. «L’underground c’est ce que le politiquement correct saccage. Savoir faire un pas de côté, se risquer à faire ce que l’époque ne prend pas en compte.»

Chloé et la dysfunctional family

chloe release party wainting the room

C'est pas tous les jours qu'on sort un album. Celui de Chloé, son premier, sortira le 10 octobre sur Kill the DJ bien sur. Un grand moment pour nous et l'angoisse intersidérale pour la petite Chloé. Pour fêter ça dignement, sa « release party » réunira au Cabaret Sauvage samedi 29 septembre des amis, la famille : l’allemand Superpitcher, Rework, et Battant dont ont attend le premier album. Et Ivan Smagghe jouera les capitaines de soirée. Ivan Smagghe pour ceux qui ne le connaissent pas encore est un fameux DJ, chroniqueur irrégulier chez Lenoir et moitié du groupe Black Strobe. Chloé et lui ont sorti en 2006 une petite merveille d’électro dark et romantique à mettre entre toutes les oreilles. Un concours, donc une question pour gagner 2x2 places pour cet évènement: quel est le titre de cette galette? Rendez-vous sur la page concours pour participer.

Missing in Act(i)on

M.I.A. KalaEcouter M.I.A. fait l’effet d’une bombe. Il a dans son dernier Kala sorti il y a quelques semaines un amas d’influences anarchiques puisées aux quatre coins du monde. Grime, ragga, dancehall, électo et world music, loin d’être un simple patchwork musical, les titres de Kala jouent avec les genres et ouvrent de nouveaux horizons. Aujourd’hui le village est planétaire, cette fille de militaire sri lankais réfugiée à Londres l’a bien compris. Avec des beats tiers-mondistes Mathangi "Maya" Arulpragasam vient bousculer l’ordre établi, sous un double pseudo équivoque : "M.I.A" pour "Missing in Action"/ "Missing in Act on". On ne jugera pas ici son attitude sincère ou non à jouer au trublion politique, mais plutôt de ses capacités à inventer un nouveau langage à partir d’un 4-pistes, un synthé et un micro. Si on pense parfois à Peaches, c’est loin d’être un hasard puisqu’elle encourage très tôt la jeune M.I.A. à poursuivre dans la musique. Les beats sont cheaps, les claviers primitifs, voire anachronique, tout à l’image de la pochette pixélisée (et réalisée par ses soins), qui recouvre le disque de motifs indiens et fluos.
Son parcours comme sa musique témoigne d’une ambivalence nord-sud présente tout au long de la création : des racines politiques sri-lankaises de ses textes, aux instrumentaux ricains mixés par Diplo et Timbaland, en passant par quelques clins d’œil au rock des Pixies ou du Clash, au cinéma de Bollywood. Ici, seul le beat sert le dénominateur commun à ces 11 titres foutraques qui composent Kala. Une écoute attentive plutôt que de grands discours vous en convaincra mieux que moi.


M.I.A. | jimmy (MP3)
extrait du l'album Kala (XL/Beggars)


Interview : Beirut

Interview Beirut the Flying Club CupAttendu comme le Messie, la nouvelle galette de Beirut possède la grace et la ferveur d'un artiste passionné et curieux, lorgnant maintenant sur l'Europe de l'Ouest. The Flying Club Cup (à paraître le 9 octobre) fait référence à cette bonne vieille France des cartes postales, brouillant soigneusement les repères entre chansons pop, orchestre des Balkans et guitare à quatre cordes.
C'est avec une émotion certaine que j'avais rendez-vous avec Zach Condon de Beirut pour un entretien exceptionnel, quelque part dans une cour d'immeuble de la rue Condorcet. Une interview en anglais et en français où il est question de Paris, de ses amis, de cheminement musical, de travail d'écriture, de son rapport à la scène, et du Kocani Orkestar bien sûr.

Zach, on te voit beaucoup à Paris ces temps-ci, on dirait qu’il se passe quelque chose avec la France...
Quand j’avais 15 ou 16 ans, je regardais beaucoup de films en français en ajoutant les sous-titres : Godard, "les 400 coups", "Pickpocket"... A 17ans je suis venu pour la première fois à Paris en voyage de classe et suis tombé littéralement amoureux. Je ne voulais plus partir, j’avais trouvé ma place ici ! C’est assez bête de dire ça à un français (rires)

A propos d’où vient cet extrait de dialogue sur le titre «Nantes» ?
Ca vient d’un film avec Brigitte Bardot, le Mepris. C’est une private joke en fait. J’espère que ce n’est pas contre la loi, on n’a pas demandé les droits… sinon on est mal (rires)

J’ai écouté ton nouvel album, The Flying Club Cup, on murmure qu’il y aurait un projet de DVD derrière ?
C’est vrai. Tous les morceaux sont rejoués live, sous la forme de Concerts à emporter en un seul plan séquence. Par exemple, je suis dans Paris, Mathieu Saura [réalisateur des Concerts à emporter ndlr] pousse une porte et on atterri dans un nouvel endroit. C’est assez étrange. Le tournage n’est pas terminé on doit enregistrer plusieurs chansons à New York. En fait j’ai rencontré Mathieu à la fin de l’enregistrement de The Flying Club Cup au studio d’Arcade Fire (ils ont une grande église transformé en studio). Moi j’étais avec Owen Pallet qui a fait les parties aux violons de l’album, et lui filmait un documentaire sur eux.

Arcade Fire d’ailleurs, qui ont joué sur scène avec toi.
C’était lors d’un concert à New York le 6 Mai dernier. Je ne sais pas s’ils connaissaient Beirut, mais il y avait quelques membres d’Arcade Fire effectivement. On a demandé à tous nos amis trompettistes qui se trouvaient à New York de venir jouer sur scène avec nous, c’était tellement bizarre, étonnant. On s’est vraiment marré… L’idée est venu de Jon Natchez, qui joue de la mandoline, il voulait absolument trouver une vingtaine de trompettistes pour ce soir-là !

A quoi ressemblaient les premiers concerts de Beirut ?
Au début j’ai tout enregistré tout seul. Et puis quand Ba Da Bing! mon label m’a proposé de faire des concerts, j’avais une peur bleue, je n’étais jamais monté sur scène. Alors j’ai demandé de l’aide à quelques amis, d’abord à un gars incroyable qui peut jouer avec tout ce qu’il a entre les mains, puis Jérémy Barnes de Neutral Milk Hotel nous a rejoint aux percussions et on fait 2 ou 3 concerts comme ça. C’était vraiment embarrassant on n’avait aucune idée de comment faire un vrai concert. Et puis d’autres musiciens, des amis d’amis sont apparus, ça a bien fonctionné.

Comment s’est passé l’enregistrement du nouvel album avec un tel orchestre ?
Au départ j’écris tout, différentes parties rudimentaires. Avec les musiciens mes simples notes de piano se transforment en quelque chose d’incroyable, puis on ajoute une batterie et ça prend encore plus d’ampleur (il mime un break de batterie). La seule personne à qui je ne pouvais écrire la partition c’était Owen Palet avec qui j’ai travaillé. J’étais tellement excité ! Il a fait un travail remarquable, il est très fort pour combiner les sons ensemble. Je l’ai laissé tranquille faire les arrangements de toutes les cordes de l’album, c’est rare parce que d’habitude j’aime avoir le contrôle. Owen a chanté aussi sur « Cliquot », c’est un garçon très humble il déteste sa voix, je l’ai encouragé à y aller sur ce titre.

On t’as vu sur scène au Trabendo en juin, et à la Flèche d’Or il y a quelques semaines. Comment c’était ?
Pour moi c’était un moment fabuleux : la première fois que j’ai joué tout seul pendant un concert. C’était vraiment quelque chose parce que je suis très timide. Et puis le Kocani Orkestar, je voulais les rencontrer depuis tellement longtemps ! Quand je les ai vu la première fois c’était marrant, il y en a en fait un seul qui parle anglais on ne se comprenait pas toujours… Le soir de la Soirée à emporter, ils ont réarrangés « Sunday Smile » d’une façon extraordinaire. Je voulais quelque chose de très différent de l’album et le résultat était juste incroyable. C’était comme un rêve, je ne pouvais plus me contrôler ! (rires)












Comment ça s’est passé cette rencontre avec le Kocani Orkestar?
Grâce à Chryde de la Blogothèque. C’était un cadeau. Il leur a montré ma musique et a organisé la rencontre.

J’ai découvert le Kocani en Turquie, dans une soirée avec Shantel…
J’ai du mal avec ça, il y a vraiment un effet de mode autour de la musique gypsy. Moi j’ai entendu ça la première fois dans les films d’Emir Kusturica... Maintenant, c’est Madonna qui fait un morceau au Live Earth avec Gogol Bordello ! Je ne sais pas quoi en penser si c’est bien ou si c’est mal. Je suis sûr que ça va devenir énorme et puis disparaître. Mais en même temps c’est bien que ça ne soit plus caché… C’est terrible quand les gens écoute la musique « du monde » de manière scientifique, presque ethnologique, comme on fait de la recherche. Aux débuts, les américains ne comprenaient la word music que sous l’aspect tribal, en l’utilisant dans de mauvais remix technos ou comme quelque chose à étudier. On voit ça maintenant comme de la « pop-music ». C’est moins pire certes, mais l’appellation n’est vraiment pas pertinente, c’est une musique triste à la base.

Est-ce que pour toi l’aspect de la découverte fait partie prenante de la musique ?
Oui, le sentiment de la découverte est une partie de la joie qu’on éprouve quand on recherche quelque chose en musique. Tu l’attends, tu as prié pour l’avoir. Je ne suis pas sûr que ça soit forcément une bonne chose, mais c’est tout à fait ce que je ressens quand j’écoute une musique nouvelle qui me bouleverse, originale ou singulière.

C’est pour cela que « the Flying Club Cup » est si différent du premier ?
Absolument. Je cherche continuellement à aller de l’avant, c’est une obsession. Ce que je veux dire c’est que lorsque tu découvres quelque chose de complètement nouveau, tu ne pas rester bloqué sur tes bases. Au début j’étais fan d’électro allemande, de house minimal, le label Compact et tout ça. J’ai fait tout un album dans cette veine, en essayant ensuite d’y ajouter les éléments d’un brass-band. (il mime) C’était pas trop mal je crois (rires).

As-tu déjà des pistes pour ton prochain album ?
Je pense sérieusement enregistrer un morceau entier avec le Kocani Orkestar en Macédoine, et revenir à Mexico jouer avec un groupe de mariachis. Au fond, à bien y regarder, ma musique est une forme démodée de musique pop : une mélodie accrocheuse présentée simplement d’une nouvelle façon. A l’avenir, j’aimerai essayer d’en faire quelque chose d’absurde.


Réalisé le 29.08.2007 par Manu. Merci à JP et Chloé
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