TOP (RE)DECOUVERTES 2007 1. Music for 18 Musicians de Steve Reich (1976). Il n’y nullement nécessaire d’être musicologue pour apprécier l’œuvre séminale de Steve Reich. Le compositeur de musique minimale pousse jusqu’au bout la ritournelle avec son orchestre. Les 67 minutes qui composent le disque sont d’étranges moments cycliques, où le temps et l’espace n’ont plus cours. J’aime appeler ça une « expérience musicale ». 2. Tago Mago de Can (1971). Can réconcilie les Beatles et les Stones, emprunte au free-jazz et à la musique psychédélique. Même si j’ai du mal à comprendre toutes les paroles, les morceaux de Tago Mago s’installent dans la tête sans s’en rendre compte, en poursuivant une rythmique géniale. La porte d’entrée rêvée pour le rock-choucroutte allemand, celui de Faust, Kraftwerk ou Neu! 3. Songs from Liquid Days de Philip Glass (1985). On ne compte plus les utilisations de la musique de Philip Glass au cinéma, dont les plus célèbres thèmes figurent sur Glassworks. Ce qui fait la différence de Songs from Liquid Days ce sont les invités prestigieux qui ont accepté de prêter leur voix : David Byrne, Paul Simon et Suzanne Vega. Pas de doute, Yann Tiersen n’a rien inventé ! 4. Vespertine de Bjork (2001). Bizarrement j’avais lâché Bjork justement à la sortie de ce disque sans doute pour les mêmes raisons qui font que je l’adore aujourd'hui. Bjork créé ici un musique de chambre, pour un grand château de glace, paré d’arrangements somptueux. En plus la pochette est chouette. 5. II de Paul McCartney (1980). Il n’est pas très connu celui-là. Paul McCartney l’a enregistré tout seul chez lui pour s’essayer à la musique électronique. S’il est considéré comme un bouse à son époque, le son est celui de 2007, à faire baver la branchaga electro de Justice à Digitalism. Une perle.
Ce que j’aime avec les classements de fin d’année, c’est de voir avec quel soucis d’exactitude on s’essaie à ranger tel artiste plutôt que tel autre dans les meilleurs disques de l’année. Il faut du temps. La méthode est arbitraire, et la logique parfaitement injuste. Certains sortis plus tôt ont eu tout le loisir de traîner près de la platine que les autres. Comment comparer Justice et Steve Reich, Can et Beirut ? Mais bon, je ne résiste pas à l’envie de vous livrer les albums, les concerts et les redécouvertes de cette année 2007, incroyablement riche en talents de toutes sortes.
TOP ALBUMS 2007 1. Person Pitch de Panda Bear. C’est la surprise de l’année, un disque qui a beaucoup accompagné mes voyages. Echappé un moment d’Animal Collective, l’album de Panda Bear composé dans sa chambre est à la fois personnel et universel. Plages préférées : "Bros" et "I’m not". 2. Sound of Silver de LCD Soundsystem. Mieux que chez Michou, dans les fêtes de James Murphy, les membres de Spaceman 3 discutent avec Nina Simone, Kraftwerk rencontre Roxy Music et jamment avec Donna Summer. Encore mieux : les titres font parfois plus de 45 minutes et s’écoutent en faisant son jogging. Morceau préféré : "Someone great", "All my friends". 3. Kala de M.I.A. Le manifeste est radical, battant. M.I.A invente un grime tiers-mondiste, se jouant des codes et des couleurs. La première écoute ne laisse aucun doute, il y a dans ce disque un catalogue de beats et de styles différents. Love on the beat. Morceaux préférés : "Paper planes", "Jimmy". 4. Rise Above des Dirty Projectors. Vue puis entendue, la relecture de black Flag n’a plus grand-chose à voir avec l’original. Les DP marient le funk, la disco, le punk et la soul avec leur voix stellaires. On ne sait jamais comment on s’est retrouvé là, mais on y est bien. Morceaux préférés : "No more", "Rise above". 5. Cross de Justice. Et oui, même Justice avec leurs affiches et leurs singles mérite bien une place de choix dans le top de fin d’année. Les parisiens ont conquis le monde en compressant jusqu’à faire péter les amplis John Carpenter, Daft Punk et les Jackson 5. Morceaux préférés : "Valentine", "Carpates".
Le légendaire compositeur allemand Stockhausen, chef de file de la musique électronique, est mort la semaine dernière à l’age de 79ans. L’auteur génial du Helikopter-Quartett est parvenu à redéfinir les bases de la musique, à travers un système de musique concrète, d’autorité aléatoire et formes momentanées. Tout un art. Plus qu’un artiste, Karlheinz Stockhausen (dit Stock) est un visionnaire. Ses œuvres à caractères spatiales ont influencées aussi bien Miles Davis que Franck Zappa, Can, Radiohead ou Björk. Les Beatles intègrent même sa photo au collage de l’album Sergeant Pepper Lonely Club Band ! Considéré comme un artiste majeur du siècle dernier, Stock est un personnage charismatique et obsédé par ses travaux. Il réalise des fresques sonores mégalo comme Licht ("semaine" en français) qui s’articule autour de 7 soirées d’au moins 4h chacune ! Il aime aussi travailler avec de grands chorégraphes : Maurice RIP Béjart adapte son Stimmung pour un ballet et Angelin Prejlocaj chorégraphie le fameux Helikopter-Quartett en 1995. Le projet complètement fantaisiste de faire jouer chaque membre d’un quatuor à cordes dans un hélicoptère tournoyant au dessus du public est venu à l’esprit de Stockhausen dans un rêve. Il confie l’adaptation de l’œuvre musicale à Angelin Prejlocaj, le chorégraphe français à qui l’on doit notamment les pas de danse du clip "Mer du Japon" de Air. Le résultat est aussi spectaculaire que mélodieux. Le bruit des hélices se fond parfaitement dans les 30 minutes que compte la pièce, retransmise au sol par des 4 écrans et haut-parleurs. Les plus curieux se pencheront eux sur le morceau "Kontakte" sur youtube.
C'est une maladie que tous les collectionneurs de disques (ou aujourd'hui de mp3) connaissent parfaitement: un besoin incontrôlable de faire des compilations pour les amis, de diffuser avec amour et passion les artistes trop méconnus et les trésors cachés. Ca tombe bien, les Inrocks viennent d'éditer un joli coffret comprenant 6 CD, un véritable foutoire où se mélangent 100 morceaux rares et indispensables du Velvet Underground à Aphex Twin, parmis lesquels Wire, Elliott Smith, Can, Tortoise, Brigitte Fontaine, Love, The Motors, Papas Fritas, TV on the Radio, Sol Seppy, Young Marble Giants... Il y a des reprises rares, celles de Radiohead qui reprend Pink Floyd, ou TV on the Radio avec les Pixies, et un floppée de remix bizarres.
Et devinez quoi? Comme c'est bientôt Noël, il y a dans la hotte de Chezmanucbien un coffret Trésors Cachés et quelques hors séries les Inrocks avec leur 50 disques préférés de 2007 à gagner. Rendez-vous sur la page concours!
Plus jeunes que les Ramones, plus frère et sœur que les Whites Stripes, Ada (11ans) et Ivan (13ans) qui forment les Tiny Masters of Today font beaucoup de bruit sur la scène indé américaine. Comment ne pas craquer devant ces adorables bambins ? Avec trois riffs de guitare et deux bouts de ficelle, les Tiny Masters of Today (TMOT pour les intimes) sont les frère et sœur que je rêverais d’avoir. Originaires de Brooklyn, leur punk tout pourrave séduit d’avantage par son enregie que par leur génie créatif : on pense évidemment aux Ramones, parfois à Nirvana ou Abba, et ça fonctionne ! Les petits chefs savent s’entourer. On retrouve sur leur premier album des collaborations avec Karen O et Nick Zinner des Yeah Yeah Yeahs, une ancienne Moldy Peaches, un ancien B-52s, et même Russel Simmins du John Spencer Blues Explosion. Tout le ghotta new-yorkais est en émoi ! CSS leur offre un remix, et David Bowie n’hésite pas à les comparer à Suicide - enfin là faut pas pousser quand même. Signés maintenant chez Mute Records, Ada et Ivan jouent dans la cour des grands, celle de Hawley, Art Brut, Liars, Moby, Depeche Mode, Goldfrapp, etcaetera… Avant d’acheter vous aussi votre t-shirt Tiny Master of Today, jettez un œil sur le clip de « radio riot », issu de Bang Bang Boom Cake (2007).
Dans ses carnets de juillet-août 2006, Mazen Kerbaj dévoile son quotidien dans un Beyrouth sous les bombes, un journal dessiné publié sur son blog qui a rapidement fait le tour de la toile. Ca fait plus d’un an déjà que les avions israéliens ont fini de planer sur la capitale libanaise, mais la lecture de Beyrouth (l'Association, 2007), la version imprimée et reliée de Kerblog reste incroyablement actuelle. A la différence de sa mère, artiste peintre, qui quitte le pays lors de la dernière guerre, Mazen décide de rester pour témoigner. A travers ses dessins cubistes il retranscrit la situation libanaise au jour le jour, les massacres, les doutes, les craintes, la révolte, l’espoir, le ras-le-bol. Un discours anti-militariste, jamais politique, sans complaisance et très ironique. Difficile de s’habituer à la guerre. En plus d’être peintre, dessinateur et auteur, Mazen Kerbaj est aussi un fameux trompettiste depuis 2000 quand avec la saxophoniste Christine Sehnaoui il joue pour la première fois en concert, probablement le premier concert de musique improvisée au Moyen-Orient. Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2006, il enregistre une pièce magnifique intitulée "Starry night" : c’est l’artiste contre les bombes, l’instrument de musique contre les obus. La question que Mazen se pose finalement, c’est si l’art peut combattre la guerre.
Tecnicolor fait éclater les couleurs, les genres et les disciplines autour d'une envie commune : ecouter la musique autrement. Lire, illustrer, filmer.