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The idiots are winning

border community

"
Nous devons dire un mot sur notre manière d'étudier ce que les aliénistes appelent les "idiots", et que nous appelons ici les inférieurs en intelligence. On ignore la nature exacte de cette infériorité, et très prudemment on refuse aujourd'hui de l'assimiler, sans autre preuve, à un arrêt dans le développement normal. (...) L'étude attentive de ces idiots montre, chez quelques uns du moins, que tandis que certaines facultés sont presque nulles, d'autres sont mieux développées. Ces êtres ont donc des aptitudes. Les uns ont une bonne mémoire auditive et musicale, un filet de voix juste et tout un répertoire de chansons ; d'autres ont des dispositions pour le calcul ou pour la mécanique. Si on les examinait tous avec soin, on trouverait beaucoup d'exemples de ces aptitudes partielles." (Afred Binet, dans
L'élaboration du premier test d'intelligence (1904-1905), oeuvres choisies II). Qu'il est bon d'être idiot! Et James Holden, le boss de Border Community l'a bien compris, lui qui savamment intitulait son formidable disque The idiots are winning en 2006.
Concours.
Pour vous le prouver, les 5 plus idiots d'entre vous gagneront une place pour We Love Border Community, le 5 juillet à la Chesnaie du Roi au milieu du bois de Vincennes! La question: combien de secondes dure le titre "idiot" de James Holden? Envoyez votre réponse à manu (arobase) chezmanucbien (point) net, avec vos noms et prenom et en objet "I love Border Community". Les gagnants seront prévenus mardi par email.

JAMES HOLDEN idiot (MP3)


Frontier psychiatrists

C'est fête: Nathan Fake et James Holden à Paris! La We Love Border Community (encore une fois merci WLA) réunira deux de mes chouchous, de ceux qui savent prendre soin de leur musique, jouer des bleeps en apesanteur et trouver des textures granuleuses à vouloir s'y vautrer pendant des heures. Surtout ces deux-là sont responsables d'un titre long et formidable qui a tourné en boucle entre mes oreilles, un petit ovni lancé par Nathan et rattrapé par son frère James, une merveille d'électronica à observer à l'oscilloscope. Bien qu'ils partagent un goût commun pour les nappes psychées et le dancefloor minimal, les deux têtes de proue du label Border Community ont un itininéraire très différent: le premier a donné à son album Drowning in a Sea of Love Prom un aspect shoegazing en apesanteur, souvent proche de My Bloody Valentine et M83, le second a semble-t-il écouté beaucoup de krautrock (Tangerine Dream, Neu! et Faust) avant de se mettre à l'électro jouée au scalpel.
Alors oui, il y a de grandes chances de se retrouver le samedi 5 juillet à la déjà surnommée WLBC pour une nuit à la Chesnaie du roie, vibrant au son unique des petits génies de Border Community. Il y a aura aussi Ricardo Tobbar et Petter.

NAHTAN FAKE the sky was pink (james holden remix) (
MP3)


Concerts en mode mineur

underage

A Londres, où l'alcool est interdit aux moins de 18 ans, beaucoup d'ados sont privés de concerts. D'où l'émergence des soirées Underage, organisées par et pour les ados. C'est un beau reportage de JDB à découvrir dans le premier numéro de Volume, le nouveau mensuel des Inrocks.
A force de lois rigides dans une Angleterre où pourtant les gamins se défoncent à 14 ans mais ne peuvent pas boire avant 18, des brittons coincés entre un boom ado et une explosion de testostérone ont inventé le concept Underage, et même un festival à Londres - à ne pas confondre avec Underage à Lorient. Inauguré l'année passé à Londres, le festival pose d'emblée ses règles: aucun alcool en vue, et aucun adulte dans le public. Pour toute une génération de 14-18 ans c'est la seule et unique façon d'aller voir ses groupes préférés à l'instar de Foals, New Young Poney Club ou Cajun Dance Party.
Fringué tout en argent de poche chez H&M, Primark, Topman ou American apparel, ce public est devant la scène merveilleux: il connaît par coeur les chansons qui trainent sur les myspace et danse à s'en faire péter les poumons. Une aubaine pour les promoteurs, les labels et les médias: ces concerts 14+ sont la garantie d'un public certifié non-blasé, excité dès la première note.
Comble de l'ironie, c'est Tiny Master of Today qui tenait l'année passée la tête d'affiche, agés alors seulement de 11 et 13 ans.

Interview : Papas Fritas

interview papas fritas

La hype et le buzz, les Papas Fritas leurs marchent dessus. Le nom du groupe, contraction phonétique de leur devise balancée comme un étendard (« Pop has freed us »), a déjà tout dit. La musique des Papas Fritas est directe et sucrée. Pas de temps à perdre : il faut que les morceaux sonnent, que le plaisir et l’émotion soient immédiats. Qu’ils soient pop jusqu’à en mourir. Au départ, au début des années 90, tout n’est pourtant pas en place : Tony a une coupe de cheveux improbable, Shivika ne sait pas jouer d’un instrument, et ces deux là ne sont même pas californiens. Mais voila : ils aiment la pop. Et quand on a des mélodies plein la tête, ce n’est pas le genre de choses auxquelles on s’arrête. Alors Shivika apprend la batterie et Keith, étudiant et bassiste à ses heures perdues, rejoint les deux compères. Ensemble, ces trois là composent des chansons bouleversantes de candeur, de fraîcheur et d’humilité. Il y a quelque chose de foncièrement universel et fédérateur dans leur musique, capable de mettre tout le monde d’accord, observateurs exigeants et amateurs de mélodies faciles. Par sa joie de vivre, ce groupe m’émeut comme peu d’autre.
En voyant le groupe se séparer au début du siècle, le monde s’est privé d’un plaisir de plus. Tant pis pour lui. Moi, je retourne écouter Shivika Asthana. Son jeu de batterie si caractéristique, sec, sans chichis, reconnaissable entre mille. Et, plus que tout, plaisir plein de miel, de couleurs et de spontanéité : sa voix. Une voix qui capte l’attention au premier instant et rend amoureux au second.Avec sincérité, Shivika nous parle de sa relation à la musique, au chant, du fonctionnement du groupe, de sa vie actuelle. Pour ceux qui aiment la pop, pour ceux qui aiment les Papas Fritas, pour ceux qui apprendront à les aimer, cette interview vaut mille cadeaux.

Quelles étaient vos principales influences ? Sur I’ll be gone ou Questions par exemple, les chœurs sonnent très Beach Boys…
Notre musique a toujours été influencée par des groupes aux fortes personnalités vocales et mélodiques. Les Beach Boys, les Beatles ou Fleetwood Mac étaient bien sûr de grosses influences pour nous, mais d’autres comme Sly and the Family Stone, the Replacements, the Modern Lovers, ou Prince sont aussi présents dans nos albums, d’une certaine manière. Plus le groupe grandissait, plus on avait d’influences différentes, et on adorait mélanger des éléments de plusieurs genres différents pour créer au final quelque chose qui nous soit propre. En tant que batteuse, j’adore la manière dont sonne la batterie sur les albums d’Al Green, et aussi le jeu de Ringo bien sûr, mais qui ne l’aime pas. D’un point de vue vocal, j’adore les voix d’Astrud et Bebel Gilberto, Suzanne Vega, et Karen Carpenter.

L’histoire dit que tu n’avais jamais joué de batterie avant le groupe, est-ce vrai ?
C’est vrai ! Je n’avais jamais touché une batterie jusque là… Mais depuis que j’étais petite, je faisais beaucoup de danse, c’est sûrement pour ça que le rythme est venu naturellement.

Tony est toujours apparu comme le leader. En fait, comment fonctionnait le groupe ? Est-ce que vous composiez tous les trois ensemble ?
Même si Tony a toujours été le plus musical de nous trois, l’écriture et l’enregistrement se faisaient toujours ensemble. Chacun contribuait d’une manière ou d’une autre au « produit final », ne serais-ce que par une harmonie vocale, une ligne de piano ou une simple percussion supplémentaire. Sur le dernier album, Buldings and Grounds, chacun avait tout de même plus de contrôle sur les chansons qu’il chantait. Pour la plupart des chansons que j’interprète, Tony écrivait en tenant compte du fait que ce serait moi qui chanterait, puis abandonnait le morceau en cours pour que je puisse y ajouter ma touche. Autre exemple, Keith a écrit et chanté "Vertical lives", mais Tony et moi avons contribué aux harmonies vocales. En fait, notre musique était toujours une combinaison de nos trois styles et personnalités. Si chacun n’y avait pas mis du sien, ça n’aurait pas sonné pareil. Je crois que c’est ça qui faisait de nos morceaux ce qu’ils sont.


Quelle relation aviez-vous avec la vidéo ? Vous n’avez fait que quelques clips, mais on note une vraie évolution entre les clips d’"Afterall", "Hey hey you say" et "Way you walk"…
Pour nous, les clips, c’était beaucoup de plaisir. L’évolution dont tu parles était avant tout due aux personnes qui faisaient les clips. Afterall et Way you walk ont été fait par des amis à nous qui ont eu le temps de progresser en tant qu’artistes entre les deux chansons. Le clip de Way you walk, c’était un vrai travail d’amour. Ils ont travaillé tellement dur, et ça se ressent dans le clip…C’est brillant ! "Hey hey you say" a été réalisé par Mike Mills, qui est en fait un réalisateur indépendant très reconnu, du coup on était honoré qu’il veuille travailler avec nous. On a pris ça comme une opportunité d’en apprendre plus sur cet aspect là. Les scénarii et univers visuels venaient à chaque fois des réalisateurs.

Les critiques et le public français vous ont toujours accueilli de manière très positive. Est-ce que vous aviez un lien particulier avec la France ?
En fait, oui ! J’ai l’impression que la France était extrêmement réceptive à notre musique. On a tourné pendant trois semaines en France, ce qu’on n’a fait dans aucun autre pays européen. On avait aussi un bon accueil en Espagne, mais sur un créneau plus spécifiquement indie-rock. En France, il semble que nous étions écouté par des gens plus différents, ce qui était super.

Pourquoi le groupe s’est-il arrêté ?
On s’est arrêté en 2000 parce qu’on avait le sentiment qu’on avait accompli tout ce qu’on espérait à nos débuts en 1994, et même plus. Le groupe a grandi de manière très organique, et on ne savait jamais quelle serait l’étape suivante. Au point où on était arrivé, on a juste eu l’impression que c’était le moment de passer à autre chose. Keith et moi avons tous les deux été acceptés dans une école supérieure, c’est ce qu’on a fait quand le groupe a stoppé. Je crois qu’on s’est arrêté au point où l’on pouvait regarder en arrière en se disant qu’il n’y avait aucun regret à avoir. La musique, ce n’était pas juste du fun et du jeu, et je crois aussi que le style de vie et les voyages permanents nous avaient un peu usé. Honnêtement, en sortant de la fac, je n’aurais jamais imaginé jouer de la batterie dans un groupe de pop durant sept ans, mais c’est une opportunité qui ne se présente qu’une fois dans une vie et on en a profité. Ca a duré plus longtemps qu’on ne l’aurait jamais cru.

La pop que vous jouiez était très joyeuse et universelle, susceptible de plaire au plus grand nombre. Au début, vous avez même tourné avec des groupes comme Eels, Blur, ou les Flaming Lips. Comment expliques-tu que, au final, le succès des Papas Fritas soit resté limité à des amateurs de pop avertis, et que vous n’ayez pas trouvé une audience plus large ?
Je crois qu’à cette époque là, c’était très dur de passer à l’étape supérieure sans avoir derrière un gros label, une meilleure communication et un réseau de distribution important. On avait un super manager, mais dès le départ, le but du groupe était de faire de la musique et de s’amuser, pas de devenir des rock stars. La plupart des tournées que nous ayons faites avec des gros groupes avaient lieu parce que ces groupes avaient entendu notre musique et nous avaient demandé de les rejoindre sur leurs tournées. Ca me faisait d’ailleurs toujours un choc quand ça arrivait, mais ça me faisait aussi réaliser que notre musique était appréciée par des gens qui s’y connaissaient bien. Je crois que si nous avions fait de la musique en ce moment, ça aurait été une autre histoire. Je crois vraiment que notre musique se tenait, et qui sait ce qui se serait passé si nous avions géré nous même notre pub et notre distribution. Je crois aussi qu’on était très jeunes et que pour durer et faire une vraie carrière dans la musique, il faut voir un peu plus loin que le moment présent, ce qui n’était pas vraiment notre truc. Je m’en fichais que notre public soit avant tout constitué d’amateurs de rock indépendant. Je pense aussi que ce qu’on faisait plaisait à une audience plus large et qu’aujourd’hui, avec les nouvelles manières de découvrir la musique, il aurait été plus facile pour les gens d’entendre parler de nous.

J’ai lu qu’aujourd’hui, Tony fait toujours de la musique et que Keith est architecte. Et toi, que fais-tu ? Est-ce que tu joues toujours ?
Après que le groupe se soit séparé, je suis donc allé dans une école supérieure et j’ai obtenu un master en Santé Publique. Puis j’ai travaillé dans la recherche médicale un temps, mais j’ai décidé que je préférais la flexibilité et les horaires du monde du web, qui était déjà ce que je faisais à l’époque du groupe, et je suis donc devenu développeur web freelance. Il n’y a jamais eu un truc que j’ai toujours rêvé de faire. Ca a toujours été un peu de ci, un peu de ça, et faire quelque chose pour pouvoir vivre. Alors j’ai commencé à dessiner et vendre de la joaillerie sur mon site pendant à peu près cinq ans, ce qui ne rapporte pas grand-chose, mais j’adore ça. J’ai aussi commencé à faire des vêtements pour bébés après la naissance de ma fille Anaya, il y a deux ans. Mon mari, ma fille et moi avons déménagé de Boston à Charleston l’année dernière, et je profite d’une vie plus tranquille et posée. Je vais continuer à faire des vêtements et peut-être qu’un jour je pourrai faire ça à plein temps. Je ne joue plus de musique en ce moment, mais quand mes enfants seront plus grands, pourquoi pas ? Je ne suis jamais opposée à l’idée d’avoir des projets ici et là, alors on verra.

Quel genre de musique écoutes-tu ? Tu pourrais citer quelques-uns des tes groupes ou artistes préférés ?
Je continue à écouter ce que j’ai toujours écouté, mais j’ai découvert un site que j’aime bien appeler « Hype Machine », sur lequel je découvre de nouveaux trucs. Côté nouveautés, j’ai pas mal écouté Kate Nash, Feist, The Handsome Family, The Veils, et The National, mais j’ai aussi mes standards que j’adore, comme les Shins, The Postal Service/Death Cab for Cutie, Badly Drawn Boy, Belle & Sebastian ou Bebel Gilberto pour en citer quelques uns. Je suis curieuse à propos du nouveau REM que je n’ai pas encore écouté, vu que j’étais une grande fan à l’époque. J’écoute aussi de la musique rigolote chantée par des enfants, depuis que j’essaye de faire d’Amaya une petite rockeuse!

Réalisé en juin 2008 par Duanra. Merci à Shivika pour sa gentillesse et sa disponibilité.
papas fritas papasfritas.com | myspace myspace.com/papasfritas


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