Ca se bouscule dans le hall de la Cité de la Musique. Serge Gainsbourg aurait 80 ans aujourd’hui, et son empreinte dans l’histoire de la chanson française valait largement qu’on lui consacre une exposition et quelques manifestations bien choisies, à l’heure où sa popularité prend une dimension internationale. De Londres à New York la pop contemporaine découvre les talents de poète et de mélodiste du French artist, tandis qu’à Tokyo, la Gainsbourgmania s’empare du public. Difficile d’y couper, le premier cycle consacré à l’artiste multifacette aura bien rythmé ma semaine.
Lundi, vernissage de Gainsbourg 2008. L’homme à tête de chou continue à marquer son temps. Ce n’est pas un hasard si on croise à la première des dandys de toutes sortes, comme Philippe Manœuvre et Jean-Michel Jarre. L’exposition met en valeur les différents aspects de son œuvre protéiforme dont la particularité est d’avoir été, comme Bowie aux Etats-Unis, un catalyseur de son époque. Tour à tour peintre, écrivain, auteur, interprète, compositeur, acteur, réalisateur, c’est avec curiosité que je me fraye un chemin entre les pylônes thématiques et la frise chronologique au mur. L’expo présente quelques raretés de la collection de Charlotte Gainsbourg et je scotche littéralement devant les brouillons de "Initials B.B." ou les articles automobiles annotés pour "Melody". Jeudi, concert exceptionnel de Jean-Claude Vannier. Ca fait bien longtemps que j’ai mon ticket pour « L’Enfant assassin des mouches » et surtout Histoire de Melody Nelson pour la première fois jouée en France avec les arrangements originaux. Longtemps tenue secrète la programmation dévoile finalement plusieurs invités prestigieux venu chanter Gainsbourg à leur façon : Mathieu Amalric, Martina Topley Bird, Brian Molko, Brigitte Fontaine, Clotilde Hesme, Seaming To, Daniel Darc et Alain Chamfort. Une belle brochette de stars qui échappe, malgré tout, à ce qu’on pourrait prendre pour un hommage à la Drucker. L’orchestre des Concerts Lamoureux et le Jeune Chœur de Paris, menés par un Vannier désinvolte, apportent un souffle extraordinaire à un album qu’on connaît par cœur ; des premières notes de basse jusqu’au final magistral de "Cargo culte". Le public, debout, est innarrêtable, l’ovation est sincère. Samedi, une dizaine de cordes accompagnent le projet que Blonde Redhead a préparé pour l’occasion. On sait à quel point le trio new-yorkais est fan de Gainsbourg et comment il a inspiré leurs excellents premiers albums. Ils ont d’ailleurs enregistré ça et là quelques reprises dont pas une seule n’a été joué sur scène ce soir. Contre toute attente, c’est la quasi-totalité de leur album précédent, « Misery is a butterfly (2004) » qui est présenté du début à la fin, agrémenté de quelques une de leurs dernières productions, complètement anecdotiques. Alors la rencontre en question suscite bien des déceptions ; elle confirme une fois encore ce que je pensais : le meilleur est derrière eux.
Heureusement la saison n'est pas terminée. Depuis, j'ai ressorti mes quelques disques du grand Serge que j'écoute en boucle, et bientôt aura lieu le concert de John Zorn et Tzadik à la salle Playel. En 1997, sur son label Tzadik, dans la série Great Jewish Music, John Zorn avait dédié un album collectif d’hommage à Gainsbourg. Il réunissait une pléiade d'artistes de l'underground new-yorkais, du jazz au rock. Le 25 février, le saxophoniste sera entouré entre autres de Sean Lenon, Elysian Fields, Marc Ribot & Ceramic Dog. La réservation est obligatoire.
Aujourd’hui son titre résonne comme une évidence, Histoire de Melody Nelson (1971) est le plus grand album de Serge Gainsbourg, et sans doute un des meilleurs disques écrits en français. Il est le fruit d’un célèbre travail d’écriture avec Jean-Claude Vannier, et d’une superbe mise en scène cinématographique. "Un petit animal/ Que cette Melody Nelson/ Une adorable garçonne/ Et si délicieuse enfant / Que je n'ai con/ nue qu'un instant". Jouant des vingt ans qui les séparent de Jane Birkin, Gainsbourg multiplie les références à Lolita de Nabokov et à son tuteur "nympholeptique", s’inspire des Décadents du XiXe siècle et nous livre le premier vrai poème symphonique de l’age pop. C’est l’histoire d’amour fatale entre un homme mûr et une jeune fille de quatorze automnes et quinze étés, qui trouve son expression visuelle dans la réalisation cinématographique et climatique de Jean-Christophe Averty. Comme lui, le réalisateur aime défier le conformisme audiovisuel et se passionne pour la peinture moderne – à laquelle il consacrera d’ailleurs ses derniers documentaires.
Entre long clip et film musical, on y voit Serge Gainsbourg et Jane Birkin jouant les scènes de l'album, évoluant soit sur des décors de studio, soit sur des peintures ou d'autres graphismes de style psychédélique, délicieusement kitch. Averty utilise l’incrustation de personnages filmés sur fond bleus avec un décor dessiné ; ce sont les tableaux de Salvador Dali, Max Ernst, René Magritte, Felix Labisse, Paul Delvaux et du Douanier Rousseau. Définissant plus qu’une musique, Serge Gainsbourg apparaît ainsi comme un dandy animé par la mise en scène de soi, la transgression des valeurs établies et le privilège de l’art sur la vie. Ce sont sept petits films mythiques soigneusement glanés à droite et à gauche, ils y sont tous "Melody" (ci dessous), "Ballade de Melody Nelson", "Valse de Melody", "Ah! Melody", "L'hôtel particulier", "En Melody" et "Cargo culte"... Melody Nelson a des cheveux rouges et c'est leur couleur naturelle.
Il semble bien loin le temps où je passais des heures le dimanche soir à écouter au casque Ketchup & Marmelade sur OuiFM, mon enregistreur k7 enclenché sur pause prêt à capturer les charts anglais et américains. J’avais cours le lendemain et je veillais l’oreille scotchée au poste. Internet a encore aggravé, accentué la maladie désormais incontrôlable. La collectionnite aigüe fait des ravages, au-delà du seul cercle des initiés et des disquaires véreux. Aujourd’hui ce n’est plus seulement sur les faces B de singles vinyles introuvables (et que mon disquaire Popeye revend à prix d’or) que se dénichent les pépites qui rendent militant. Avec Internet et l’augmentation de la taille des disques durs, les fouilles reprennent.
Parce que faire des compilations a toujours été une maladie de journaliste rock, les Inrocks sortent Trésors Cachés vol.2, un coffret 6 CD - en vente uniquement à la fnac - qui comme son auguste prédécesseur regroupe une centaine de chansons rares et presques indispensables. Gonzales, Blur, David Byrne et Brian Eno, Eels, Midlake, David Bowie, Air, Grace Jones, Jonathan Richman, Roedelius, Palace Brothers…et même cette magnifique demo de Weezer enregistrée sur un 8-pistes. La liste est longue. Comme on a des coffrets à vous faire gagner sur Tecnicolor, dites moi comment s’appelait l’animatrice de Ketchup & Marmelade. Envoyez votre réponse à manu arobase tecnicolor point net, avec vos noms et adresse. Les gagnants seront prévenus par mail.
Il arrive parfois en concert que la première partie éclipse la suivante. C’était le cas de Principles of Geometry en ouverture de Leila samedi dernier, à l’occasion de la soirée de clôture du festival Factory. Un voyage interstellaire rendu possible par la bande AntiVJ, un label visuel époustouflant. Encensé par James Holden, et largement inspirés par John Carpenter ou Boards of Canada, Principles of Geometry jouent maintenant dans la cour des grands. Armés d’une batterie de machines bourdonnantes et des synthétiseurs vintages, les deux français ont donné sur scène une version hollywoodienne de leur excellent Lazare, paru cette année chez Tigersushi. Lunettes 3D vissées sur le nez avec l’air aussi con que mon voisin de droite, c’est en fait tout le public de la Cigale qui a les yeux rivés sur la projection hypnothisante de AntiVJ, parfaitement synchronisé avec l’image. Les lignes simples et un design minimal répondent du même langage binaire et géométrique que l’electronica rétro des deux français.
AntiVJ c’est un label visuel créé par un groupe d’artiste européens, fascinés par l’utilisation des lumières et de leurs influences sur notre perception de l’espace. Au croisement de la l’installation, de la performance live, du design graphique et de l’architecture, la vidéo- projection est leur principal outil de fabrication. Il y a dans le soin apporté à la projection, la simplicité déconcertante de leur inventions, le "mapping" qui consiste à voyager sur une carte faire de polygones et de segments, bref il y a chez eux une véritable magie. Ils ont même transposé en trois dimensions le couloir de lumière du voyage final de 2001 l'Odyssée de l'Espace. Absorbés par les nappes analogiques j’ai pendant une heure oublié où je me trouvais, dans l’espace peut-être ou au Futuroscope de Poitiers – je n’en sais rien je n’y suis jamais allé. Alors j’ai contacté le label basé à Bristol et glané sur le net quelques infos. AntiVJ à parcouru l’Europe de centres d’art contemporain en festivals electoniques (Scopitone ou Pukkelpop), de Berlin où ils ont réalisés pour la première fois un "vidéo mapping" hallucinant, jusqu’à leur dernière performance pour la Nuit Blanche 2008 de Bruxelles. Mais celui que j'ai préféré, c'est ce projet monumental "Light up Bristol"qui utilise sur 120m le long de la mairie de Bristol des animations et des trompe-l’œil astucieux.
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