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Red, White & Blues

Cannons Jug Brothers | Robert Crumb

Alors qu’on nous rabat les oreilles chaque semaine avec la nouvelle sensation folk venue d’outre-atlantique – ça en deviendrait presque agaçant - un objet sonore non identifié est arrivé sur ma platine. Les héros du blues, les grands du jazz, et les pionniers de la country, tous illustrés par Robert Crumb. Il était temps de leur rendre hommage.
Tout ceux qui connaissent l’œuvre de Robert Crumb connaissent aussi sa passion pour la musique. Le chef de fil du mouvement américain des underground comix, est le créateur de la pochette de l’album Cheap Thrills de Big Borother & the Holding Co. (avec Janis Joplin), de Fritz the Cat, et de Mr Nostalgia notamment, qui narrait à la première personne la collectionnite aigüe d’un fan de blues rural des années 30 et un dévouement acharné autour d’un des bluesmen les plus influents du Mississippi, Charley Patton. C’est que Robert Crumb est un personnage attachant, un vieux monsieur en quête d’authenticité, aussi bien dans ces histoires dessinées qui ont révolutionné le genre dans les années 70 que dans sa quête de trésors cachés sur les sillions de quelques vieux 78 tours poussiéreux.

Dans la très belle introduction du réalisateur Terry Zwigoff, on apprend comment Crumb et lui ont fini par mettre la main sur ces standards oubliés de la musique américaine, et comment ces portraits, initialement sous forme de cartes à jouer, ont peu être édités sous forme d’un livre-objet contenant un CD formidable : une sélection musicale de bluegrass, de contry et de jazz datant tous du début du siècle, compilée pour notre propre éveil musical. La simple évocation de ces artistes possède déjà quelque chose de magique. Ce sont le Memphis Jug Band, Jaybird Coleman, Charley Patton, Crockett’s Kentucky Mountaineers, Shelor Family, Frankie Franko & His Louisianians ; bref un concentré de folk américain à faire palir Alela Diane, Devendra Banhart ou les Fleet Foxes.
Inutile d’en rajouter, c’est avec un plaisir non dissimulé que je vous laisse en compagnie des Cannon’s Jug Stompers, illustrés ci-dessus, disponibles ci-dessous et installés quelque part au fin fond du Tennessee. That’s all folks !

CANNON'S JUG STOMPERS minglewood blues (MP3)


Desperate Youth, Blood Thirsty Babes

tv on the radio

J’ai découvert Brian Alesi au travers de la pochette qu’il a réalisé pour TV On The Radio. Crédité en tout petit au verso de Desperate Youth, Blood Thirsty Babes (Touch & Go, 2004), le photographe a accepté de répondre à quelques questions au lendemain de l’élection américaine. Un courrier dans lequel il est question de son travail, de ses influences et de la genèse d’une pochette absolument culte. Je me souviens avoir découvert TV On The Radio un peu par hasard, d’abord à cause de son nom génial et énigmatique, puis d’être resté solidement à l’écoute de cette excitant mélange qui pour la première fois brassait avec un naturel déconcertant blues, post-rock, saoul et new-wave. Derrière la décharge électrique de la pochette de leur premier album, les new yorkais dévoilaient en 2004 une écriture héritée des poètes de la beat generation, une basse vrombissante et des tum-tum-tum à cappela qui résonnent encore dans ma tête. Et par-dessus tout, la chaleur brûlante de Tunde Adebimpe brouillant un peu plus les pistes.
Il y a quelques jours, j’ai fini par retrouver la photo utilisée pour illustrer cette révolution musicale. Intitulé "Drive" elle est présentée dans le portfolio de Brian Alesi, au milieu d’une série de clichés flous où il est d’avantage question d’impression esthétique que de sujets concrets.

Brian Alesi est un vieil ami de David Sitek, rencontré à Austin (dont ils sont tous deux originaires). Sitek lui fait écouter les premières maquettes de ce qui deviendra Desperate Youth, Blood Thirsty Babes et ensemble ils choisissent ce qui servira d’introduction à la musique de TV On The Radio. Il m’explique que cette photo a été prise lors d’une de ses premières expérimentations en bougeant et secouant son nouvel appareil, où le feu arrière des voitures provoque une sorte de tension électrique, un éclair foudroyant.
« Je prends des photos pour le frisson que j’ai à capturer une image vraiment fantastique. J’adore aller chasser avec mon appareil. Le photographe est un chasseur, l’appareil est son arme et vous êtes en expédition. C’est une sorte de chasse où je peux rester derrière. » Sa vocation, Brian la doit autant à des références comme Richard Avedon et Nan Golden qu’à la simplicité d’Uta Barth, le style de Anton Corbijn et des Starn Twins, ou les peintures de Gerhard Richter. Sa femme Stella y est aussi pour quelque chose, c'est elle qui lui a appri la photographie ; aujourd'hui ils s'influencent mutuellement.
Quatre ans et trois albums plus tard, TV On The Radio continue de subjuger et de posséder les esprits. Ils seront le 1er décembre au Bataclan.

Wes, Noah and the Whale

Noah and the Whale

Noah and the Whale est peut-être le plus grand groupe de pop naïve après Belle et Sabastian, mais certainement le préféré de Wes Anderson. Ils seront le 20 novembre à La maroquinerie avec les excellents Born Ruffians dans le cadre des Inrocks Indie Club. Ceux qui savent ont déjà leur place. Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était au mois de mars à l’Upper East, un studio photo ahurissant du 20ème arrondissement. D’abord au pied de l’immeuble, les quatre anglais nous ont surpris pendant l’enregistrement d’un Concerts à emporter ; puis j’allais, au même endroit mais plusieurs heures plus tard, les remercier chaleureusement pour le concert qu’ils venaient d’offrir là-haut dans le studio. J’étais ivre, j’avais un large sourire entre les lèvres.

Derrière ce nom absurde qui fait moins référence à l’histoire Biblique qu’à Noah Baumbach, Noah and the Whale recèle une foultitude de mélodies pop soignées, faites de folk à quatre cordes et d’anecdotes remasterisées. Comme dans un film de Wes Anderson, leur album joue avec le charme désuet des seventies et une galeries de personnages plus barjots les uns que les autres. En témoignent les panneaux à chapitres et la vision du monde en 2D
de leurs clips. Ils signent leurs communiqués par Sic transit gloria mundi en référence à Rushmore, réinventent le sous marin de Steve Zissou dans La Vie Aquatique et reprennent les tons jaune et bleu du Darjeeling Limited. Heureusement bien loin d’être une simple tocade, les clins d’œil répétés de Noah and the Whale ont réussi à faire de leur musique la bande originale idéale du prochain Anderson. Alors comme on a 3 places à faire gagner sur Tecnicolor, dites-moi comment s’appele le film que Wes Anderson et Noah Baumbach ont co-écrit en 2004. Envoyez votre réponse à manu arobase tecnicolor point net avec vos noms et adresse, en objet "Sic transit gloria mundi". Les gagnants seront prévenus par mail le 15 novembre.


Blue Monday

New Order Blue Monday Peter Saville

Blue Monday sort en mars 1983 sur Factory Records. Imitant une disquette souple informatique de 4 pouces, le disque est aujourd’hui une référence du design : une pochette en adéquation parfaite avec son contenu, exposée dans les musées. C’est ce qui arrive quand la musique et son support expriment une seule et même volonté artistique. Mais Reprenons. Bâti sur les cendres de Joy Division, New Order transforme la musique de chambre froide en hymnes artificiels. En forme d’adieu/hommage à Ian Curtis, "Ceremony" ouvrira la voie à une nouvelle formule entièrement basée sur des boucles de bandes et de batteries.
L’homme aux manettes de la Factory,
Tony Wilson, choisit de confier la réalisation artistique de la pochette à Peter Saville, un designer génial fan d’art contemporain et de pop art. Mais voilà, entre les retards permanents de Saville et la mauvaise gestion de Wilson, la diffusion du disque est à deux doigts de la catastrophe. A eux deux, ils finissent par créer le single le plus cher de l’histoire, un disque dont chaque vente fait perdre presque une livre au label !

Avec sa pochette avant-gardiste découpée avec soin, le disque coûte en fait plus cher que le prix de vente du disque. Mais
Saville s’intéresse moins à la rentabilité d’un projet qu’à sa recherche esthétique, et en particulier à un plasticien du mouvement pop-art, Claes Oldenburg, qui réalise de grandes scupltures d’interrupteurs, de brosse à dent ou de pince à linge. Il découvre en parallèle les disquettes lors des séances d’enregistrement du groupe. C’est à peu près comme ça que lui vient l’idée de produire une grande disquette souple de 12 pouces, en y ajoutant toutes sortes de détails qui en font un réel objet d’art : des trous à l’identique au milieu et sur la tranche de la pochette, et un mystérieux code couleur révélant l’identité du disque. Un procédé génial qu’il reprendra d’ailleurs sur l’album de New Order, Power, Corruption And Lies (1983).
Depuis,
Blue Monday est rentré dans les annales comme étant le single le plus vendu de l’histoire. C’est aussi le plus beau, le plus légendaire des singles vinyle que certains collectionnent d'ailleurs : le site bluemondayownersclub.com offre une galerie d’heureux détenteurs posant avec la célèbre pochette. Comme le dit très justement Claes Oldenburg, « Une œuvre n'est pas quelque chose de beau à regarder, sa valeur c'est d'être une école de pensée. L'important est l'image mentale qu'elle imprime. »

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