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Michel Legrand

Point de départ d’un immense hommage consacré à Michel Legrand, la Cinémathèque française invitait l’autre jour Michel Legrand pour un concert privé entre amis. Rien que ça. J’ai pendant des jours échafaudés différents plans pour obtenir le précieux sésame sans succès, jusqu’à ce qu'un pote aux Films du Losange me demande de l’y accompagner.
Michel Legrand, back in Paris ! Virtuose du jazz, pianiste classique et compositeur accompli, Legrand est mon chouchou. C’est lui l’auteur des films enchantés de Jacques Demy et de la nouvelle vague, de l’Affaire Thomas Crown (la version de 1969 attention) et d’un catalogue de 200 musiques de films au total. Il a travaillé avec Miles Davis, Sinatra, Fitzgerald, Coltrane… Pas la peine de faire ici la liste de son œuvre en 50 ans de carrière ; elle est longue, impressionnante et d’une immense richesse. D’ailleurs il le sait très bien et cache très mal sa fausse modestie.

C’est une petite révolution qui a lieu ce soir à la Cinémathèque Française. Organiser un concert de jazz dans la salle de projection mythique Henri Langlois, relève de l’exception. En formation duo avec sa sœur Christiane Legrand ou en trio jazz, Michel est venu pour se faire plaisir. Il lâche un « Ouais ! » à la fin de chaque morceaux comme un petit garçon, absolument ravi de ce qu’il fait. Tous ses standards y passent, des "Conseils de la fée des lilas" des Peau d'Ane aux "Windmills of your mind" (ci dessous) qui lui valurent un oscar ; et des interprétations originales comme le thème d’Un été 42 accompagné à la harpe, ou le duo amoureux de La piscine entre le fils et la sœur de Michel. J'aperçois très bien d'où je suis les épais sourcils gris bouger derrière le piano, et un sourire qui se devine derrière son pupitre ; oui Michel est heureux.
Pas franchement habitué à ce genre de spectacle, je prends une énorme claque. D’abord par la beauté des compositions (le style de Legrand, s’il faut lui en trouver un, se revèle dans la mesure et les silences qui habitent ses mélodies) et par le rythme du jazz qui maudit les grands fauteuils moelleux dans lesquels nous sommes tous installés. Le grand final, joué comme un exercice d’improvisations sur l’air des Parapluies de Cherbourg résume en 10 minutes l’étendue de son talent : le même thème en version jazz, bossa nova, high society, Miles Davis, Chopin, samba, tango pour exploser sur une balalaïka russe. Je suis debout, heureux et amoureux.


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