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Dry Earth and Floods

pj harvey

Polly Jean Harvey. Il faut voir tout le plaisir qu’il y a à écrire et prononcer ce nom, Polly Jean Harvey, merveilleuses sonorités où chaque lettre est à sa place, Polly Jean Harvey, les herbes folles de Polly, la douceur de Jean, la rudesse d’Harvey, Polly Jean Harvey. Polly Jean, donc, se promène dans un champ, on l’imagine aisément, écrasant l’herbe de ses pieds enragés, une guitare à la main, chantant déjà de toutes ses forces, le bruit et la fureur comme dirait l’autre. A la première seconde du premier single, au tout début du commencement de "Dress"brûle déjà cette frénésie, et cette promesse que les morsures se transformeront en baisers, à moins que ce ne soit l’inverse, on ne sait plus bien. Dry (1992) se consume en permanence, furieux d’un bout à l’autre, il ne pousse ses soupirs que pour reprendre son souffle et repartir plus sèchement.

Depuis 1992, d’un disque à l’autre, Rid of me (1993), Is this desire ? (1998), ce qui semble tenir le tout, c’est avant tout ce sentiment de puissance permanente, cette manière d’exprimer les choses carrément en se disant que, finalement, la vraie faiblesse serait plutôt de les cacher. Cette impression est toute entière contenue dans To bring you my love (1995) l’album, bien sûr, mais le morceau, surtout - ce bloc de rage lancinante, d’abord mal contenue, et qui explose finalement en offrant cette certitude : lorsque PJ apporte son amour, mieux vaut l’accepter sans broncher, en regardant ses pieds. Certains râlent lorsque sort Stories from the city, Stories from the sea (2000), on dit les morceaux plus lourds, plus lisses aussi, mais non, en fait, c’est toujours pareil mais juste autrement, PJ est à New-York, Polly des champs et Jean des villes, d’ailleurs c’est le soir, et sac au bras, lunettes de soleil devant des enseignes lumineuses, PJ s’en va, PJ s’en fout.
Et puis il y a White Chalk, en 2007. Disque pastoral, disque de songes, disque de nuit ou disque d’aube, disque blanc et disque noir. Tout s’embrouille à nouveau, on ne sait plus bien où on est, et à l’heure où l’on s’apprête à la retrouver (A woman a man walked by avec John Parish dans quelques jours), on se dit que définitivement, sa musique n’est plus seulement un cri venu de la campagne anglaise : elle est devenue un labyrinthe miniature, on saute d’un album à l’autre, on se cogne à un piano et on repart vers la guitare, on se perd, on se retrouve ; Polly Jean toujours la même car toujours différente.



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