Little Garçon

Un genou posé à terre, il se relève, prêt à tuer d’une balle dans le dos une silhouette de papier qui s’éloigne au premier plan. Soigneusement découpé et posé comme un petit soldat de plomb sur un bouquin jaunie par le temps, un cowboy annonce la(les) couleur(s) de la première galette des Born Ruffians : rouge, jaune et bleu. Red, Yellow and Blue. Depuis quelques temps Warp s’est mis en tête de signer des groupes avec de vrais instruments à l’instar de Battles, Maximo Park et Grizzly Bear. C’est encore le cas de Born Ruffians qui ont pondu l’année dernière une merveille de folk étrange et de belles harmonies vocales qui sortent des trippes, un peu comme si les Beach Boys rencontraient Akron/Family. Ce n’est pas une question de style, mais ces garçons ont le chic pour s’entourer des bonnes personnes. Leila Hebden (la sœur du génial Four Tet) au management, Rusty Santos (qui enregistra jadis le fabuleux Sung Tungs d’Animal Collective), et un jeune photographe extrêmement talentueux pour illustrer leurs pochettes : Thomas Allen.
Les photographies de Thomas Allen (à ne pas confondre avec son illustre homonyme), je les trouve partout en ce moment : sur les couvertures des romans de James Ellroy, sur les affiches de La Villette, dans les magazines et dans un livre-objet paru en 2007 reprenant ses premiers clichés. On les reconnaît tout de suite par leur propos qui semble être toujours le même, sa marque de fabrique, des petits personnages découpés avec amour et photographiés avec humour en mode macro au milieu d’objets quotidiens, le plus souvent des livres. Sa matière première lui vient des couvertures de romans de gare, alors en vogue dans les années 50, rachetés aux puces où traqués sur ebay. Allen leur donne une nouvelle vie.
Sur fond noir, à l’aide d’un éclairage réglé au millimètre, il transforme ces figurants de papiers en acteur de leur propre rôle ; il leur offre une âme en les faisant jouer en trois dimensions, parfois même devant le livre dont ils s’échappent. Avec un esprit ludique et émerveillement toujours renouvelé, Thomas Allen reste à n’en pas douter un petit garçon. "Well I get told to never old/ but the way it unfolds…/ I’m a little garçon in my head/ with a little fille that’s stuck in bed"

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