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Dark was the night, Cold was the ground

Dark was the Night

"Dark Was The Night" faisait parti des enregistrements et objets embarqués à bord du vaisseau spatial Voyager, lancé dans l'espace par la NASA en 1977. Cette image qui ouvre le film The Soul of a Man est devenue pour Wim Wenders le lien transcendental entre le sacré et le profane ; et pour les frères Dessner, les fondateurs du groupe the National, le point de départ d’une compilation incroyablement belle au profit de AIDS.
Ce titre légendaire est l’œuvre de Blind Willie Johnston, devenu aveugle à sept ans après que sa mère lui ai jeté du vitriol au visage. On raconte que dès l'âge de cinq ans, le petit Willie manifesta sa volonté de devenir prêcheur et son père lui fabriqua une guitare avec une boîte de cigares. Il y a sans doute là les racines d’un style qui fera de lui bien des années après sa mort, un des héros du blues. Souvent religieux et de type spirituals, ses morceaux et tout particulièrement ces quelques minutes instrumentales jouées sur un manche de guitare avec un slide, possèdent une force motrice inspire aujourd’hui rien de moins que les meilleurs artistes de la scène indépendante.

Des titres inédits, quelques reprises que l'on doit à Andrew Bird, Antony (sans ses Johnsons) + Bryce Dessner, Arcade Fire, Beach House (la nièce de Michel Legrand), Beirut, Blonde Redhead + Devastations, Bon Iver, Bon Iver & Aaron Dessner, The Books featuring Jose Gonzalez, Buck 65 remix (featuring Sufjan Stevens and Serengeti), Cat Power and Dirty Delta Blues, The Decemberists, Dirty Projectors + David Byrne (des Talking Heads), Kevin Drew (de Broken Social Scene), Feist + Ben Gibbard (de Death Cab For Cutie et de Postal Service), Grizzly Bear, Grizzly Bear + Feist, Iron & Wine, Sharon Jones & The Dap-Kings, Stuart Murdoch (de Belle & Sebastian), My Brightest Diamond, My Morning Jacket, The National, The New Pornographers, Conor Oberst (de Bright Eyes) & Gillian Welch, Riceboy Sleeps (deux echappés de Sigur Ros), Dave Sitek (de TV On The Radio), Spoon, Sufjan Stevens, Yeasayer, Yo La Tengo… Et la cerise sur le gateau c’est le Kronos Quartet (!) reprenant le fameux titre de Blind Willie Johnston.
Trop beau pour être vrai ? Pas question. C’est que dans leur genre les frères Dassner ont plus de flair et surtout beaucoup plus de goût que nos Enfoirés de service qui remettent chaque année le couvert. Et puis pas mal de ces artistes avaient déjà participé il y a trois ans à un petit projet déjà très ambitieux. Je vous le dis c’est la crise, profitez-en pour vous faire plaisir surtout quand c’est pour la bonne cause. Au choix : trois vinyles, deux cds ou un simple téléchargement.

BLIND WILLIE JOHNSTON Dark was the night, cold was the ground mp3


Legrand Retour

Michel Legrand

Point de départ d’un immense hommage consacré à Michel Legrand, la Cinémathèque française invitait l’autre jour Michel Legrand pour un concert privé entre amis. Rien que ça. J’ai pendant des jours échafaudés différents plans pour obtenir le précieux sésame sans succès, jusqu’à ce qu'un pote aux Films du Losange me demande de l’y accompagner.
Michel Legrand, back in Paris ! Virtuose du jazz, pianiste classique et compositeur accompli, Legrand est mon chouchou. C’est lui l’auteur des films enchantés de Jacques Demy et de la nouvelle vague, de l’Affaire Thomas Crown (la version de 1969 attention) et d’un catalogue de 200 musiques de films au total. Il a travaillé avec Miles Davis, Sinatra, Fitzgerald, Coltrane… Pas la peine de faire ici la liste de son œuvre en 50 ans de carrière ; elle est longue, impressionnante et d’une immense richesse. D’ailleurs il le sait très bien et cache très mal sa fausse modestie.

C’est une petite révolution qui a lieu ce soir à la Cinémathèque Française. Organiser un concert de jazz dans la salle de projection mythique Henri Langlois, relève de l’exception. En formation duo avec sa sœur Christiane Legrand ou en trio jazz, Michel est venu pour se faire plaisir. Il lâche un « Ouais ! » à la fin de chaque morceaux comme un petit garçon, absolument ravi de ce qu’il fait. Tous ses standards y passent, des "Conseils de la fée des lilas" des Peau d'Ane aux "Windmills of your mind" (ci dessous) qui lui valurent un oscar ; et des interprétations originales comme le thème d’Un été 42 accompagné à la harpe, ou le duo amoureux de La piscine entre le fils et la sœur de Michel. J'aperçois très bien d'où je suis les épais sourcils gris bouger derrière le piano, et un sourire qui se devine derrière son pupitre ; oui Michel est heureux.
Pas franchement habitué à ce genre de spectacle, je prends une énorme claque. D’abord par la beauté des compositions (le style de Legrand, s’il faut lui en trouver un, se revèle dans la mesure et les silences qui habitent ses mélodies) et par le rythme du jazz qui maudit les grands fauteuils moelleux dans lesquels nous sommes tous installés. Le grand final, joué comme un exercice d’improvisations sur l’air des Parapluies de Cherbourg résume en 10 minutes l’étendue de son talent : le même thème en version jazz, bossa nova, high society, Miles Davis, Chopin, samba, tango pour exploser sur une balalaïka russe. Je suis debout, heureux et amoureux.


La musique selon philippe

philippe decoufle solo

Quel est le point commun entre New Order, Polaroid et les JO d’Albertville? Le rythme qui habite leur mise en scène, celui de Philippe Decouflé. Son imagerie fantasmagorique et son univers de rêve, il en a fait la marque de fabrique de ses chorégraphies modernes.

En voilà un qui connaît la musique. Je l’ai découvert sur pièce quand ma copine m’a emmené voir Sombreros à Chaillot. Et là, chapeau. Non seulement j’ai pris une sacrée leçon de danse moderne, mais j’ai été étonné, captivé, époustouflé par l’aisance avec laquelle le chorégraphe jongle avec les outils visuels mis à sa disposition. A mi-chemin entre le théâtre, la danse et l’art numérique, le spectacle est pluridisciplinaire, foutraque et sensoriel.

Mais il y a quelque chose qui est tellement présent qu’on ne remarque plus, c’est la musique. Composée tout spécialement par Brian Eno et rejouée sur scène par le génial Sebastien Libot accompagné de dizaines d’instruments : claviers, sampler, guitares et pédales ; saxophone, platines vinyle et maracas… un vrai bric-à-brac. Mais Decouflé ne se prend pas au sérieux. C’est un agitateur de curiosité, capable aussi bien de citer Béla Bartok, Claude Debussy et Ennio Morricone, que le générique de Deux flics à Miami.
A la Maison de la Danse de Lyon où il joue Solo, la piste se confirme. Seul sur scène (!), c’est cette fois sur une musique de Joachim Latarjet qu’il se raconte. Une musique qui vient de loin, inconnue et familière, pour revenir sur les projets et les artistes qui l’ont marqué. Il reprend même une partie de son fameux court-métrage "Le p’tit bal" chorégraphié sur une chanson de Bourvil, avec lequel il rafla en 1994 une flopée de prix dans plusieurs festivals. Et c’était bien.


Lucky Dragons 2.0

Lucky dragons

“Make a baby” est le terme générique d’une série d’expérimentations visant à utiliser le contact de la peau comme moyen de faire de la musique électronique, en transmettant et contrôlant les données pour créer un environnement social positif. Les membres du public sont invités à participer, à construire et supprimer les ondes négatives en passant les signaux d’une peau à une autre. Le concept est prodigieux et c’est le dernier-né des projets de Lucky Dragons.
Dimanche soir, j’appelle un pote pour le prévenir. Je lui dis que Lucky Dragons ils sont formidables, qu’ils font le tour du monde avec leurs projets mêlant musique et arts plastiques, que leur création est participative, que j’étais allé les voir à Beaubourg en 2006 et qu’ils sont passés l’année dernière au Palais de Tokyo. Que j’ai même acheté un disque. Je lui dis qu’il y a chez eux ce truc qu’avait Animal Collective à leurs débuts, que ce sera avec une quarantaine de personnes dans un appartement du 11ème arrondissement et que je viens d’avoir par miracle les deux dernières places d’un concert archi complet !

Alors on y va. Il y un petit message d’excuse pour les voisins dans l’ascenseur. Le petit studio est plein à craquer ; il doit y avoir là les mêmes personnes qui traînent dans tous les concerts indie de la capitale, ceux qui vont voir Liars, Lightning Bolt et Daniel Johnston. Dans la cuisine, la bière à un euro coule à flot et la maîtresse de maison a même préparé des gâteaux. Tout concorde à fédérer l’esprit communautaire et bricolo-hippie du groupe de Los Angeles.
Les deux membres de Lucky Dragons se sont accroupis sur le grand tapis du salon. Nous sommes recueillis autour d’eux comme des enfants à qui l’on va raconter une histoire ; une histoire composée de chamanes et de boucles organiques. Je scrute devant moi les câbles recouverts de laine colorée, le piano à pouce et les maracas reliés à une console de mixage. Bientôt c’est à notre tour d’intervenir sur ces instruments bizarres, d’ouvrir bien grands les yeux et de jouer avec l’énergie des pierres, de créer un réseau communautaire avec les pores de la peau, de composer avec une poignée de main différentes couleurs musicales. Un maillon vient s’ajouter dans la chaine humaine et c’est l’écran au plafond qui s’illumine, qui se décompose en une foultitude de pixels hystériques. On sort de là sans savoir vraiment ce à quoi à assisté : est-ce une révolution digitale ? Une performance artistique ? Une expérience mystique ? A vrai on n’en sait rien mais une chose est sûre
, on est devenu croyant.


From the Basement

from the basement

Quand les Concerts à emporter misent sur l’excitation de l’imprévu, From the basement se donne un mal fou pour reproduire avec précision les séances de studio. Ces live enregistrés en sous-sol sont d’une beauté rare, offrant au musicien de jouer dans leur plus bel appareil.

Un lourd rideau de velours, une moquette rouge vif et quelques vieux tapis au sol, des câbles electriques qui traînent au second-plan : la mise en scène particulièrement soignée du programme From The Basement fourmille de détails qui le transforme en vrai-faux studio de répétition. La crème des groupes issues de la scène rock y est invitée faire ce qu’ils savent faire de mieux : jouer. Pour leur plaisir, selon leur envie, sans les contraintes des magazines télés, ni les questions embarrassantes de mauvais journalistes.

Tout le monde y passe, à commencer par les amis de Nigel Godrich qui produit l’émission : Beck, the Divine Comedy et Radiohead évidemment. Je me mets à imaginer les coulisses, du petit monde qui s’activent derrière les caméras, du réalisateur au régisseur en passant par les cadreurs, le chef opérateur, l’assistant opérateur, le chef électro, chef machino, le perchman. La technique est lourde pour un résultat final mené le plus souvent avec brio.
Il faut voir l’attention portée à l’image, à la lumière, aux couleurs et la photo ! Les plans s’attardent là sur le visage en transe de Thom Yorke, ici sur Damien Rice agenouillé en prière ou la carcasse bien vivante de Jarvis Cocker. Certains livrent des prestations particulièrement habitées, comme la superbe version de « lady of a certain age » de Neil Hannon, les déflagrations sonores de Sonic Youth. Il y a en fait beaucoup à voir dans ce petit DVD qui devrait faire des petits puisque de nouvelles sessions sont régulièrement diffusées sur le site.



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