Orfeu Negro

C’est une ténébreuse légende de mythologie grecque plongée en plein carnaval de Rio. C’est l’age d’or du cinéma brésilien et l’acte de naissance de la bossa-nova. Ce film est un immense cliché, mais c’est surtout un petit chef d’œuvre.

L’histoire d’Orphée et Eurydice, tout le monde la connaît où en garde un vague souvenir. Elle a inspiré bon nombre d’artistes depuis l’Antiquité dans à peu près tous les domaines : de la peinture (Chagall) à la musique contemporaine (Philip Glass) en passant par le théâtre (Cocteau), la musique classique (Hofenbach) ou la littérature (Tennessee Williams). Mais la palme d’or revient à Marcel Camus qui en 1959 la transpose dans le Brésil moderne. Dans un décor de rêve, perché dans les favelas au sommet de la colline Orphée fait lever le soleil avec sa guitare. La vue sur Copacabana et le Pain de Sucre y est imprenable, les gens dansent, les couleurs explosent, bref c’est dans un Brésil de carte postale que l’histoire démarre. Orphée est un conducteur de tramway joué par un footballeur brésilien, et Eurydice est une jeune fille de la campagne à la beauté solaire.

Orfeu Negro, je ne l’ai découvert que tout récemment et pourtant j’ai l’impression de le connaître depuis longtemps. On revient aux origines de la bossa-nova, on embrasse les mélodies de la rue et les bruits du carnaval. Plus encore que le film c’est l’utilisation de morceaux de samba composés par Luiz Bonfa et Antonio Carlos Jobim qui créent un souffle de vie et de désir, une transe sensuelle de corps qui annonce le sentiment pourtant palpable de la mort. Sa musique a fait le tour du monde, a fait exploser la bossa nova aux Etats-Unis et en Europe ; elle est aujourd’hui devenue immortelle.

Dans un superbe coffret édité par Potemkine (un label indépendant consacré au cinéma sous sa forme DVD) on peut même y découvrir un trésor inestimable, les premières versions de la bande originale finalement écartées par Camus comme « Manha de carnaval » interpretée par Joao Gilberto, dont la voix fut jugée trop blanche, ou le thème final que lui avait proposé Jobim, « Levanta poeira » pour lequel il préférera Bonfa.


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