Musiques de pub et copie, un air de déjà entendu

Alors que les artistes, labels et publicitaires crient haut et fort que la publicité permet de faire découvrir des nouveaux talents et renflouer les caisses d’une industrie malade, certains annonceurs ne se gênent pas pour pomper sans vergogne ces groupes qui justement luttent pour leur indépendance. Passage en revue de ces musiques de pub composées « à la façon de ».

Scandale. On découvrait il y a quelques semaines que la dernière campagne de pub Nokia avait honteusement plagié la musique de The XX. Le spot, plutôt bien ficelé, met en scène une jolie brune communiquant ses angoisses existentielles à ses amis connectés via son smartphone (« ce soir c’est talons verts ou talons rouges ? »). Et Nokia de pointer avec ironie ces drames épiques du quotidien, sur une bande-son presque parfaite, à un défaut près : ce n’est pas le titre original mais une pâle copie de « VCR«  de The XX.

Nokia versus The XX

L’originale : The XX – « VCR »

Contrefaçon. Des histoires de publicitaires peu scrupuleux comme celle-là, il y a en a beaucoup. On pense évidemment au précédent spot pour le parfum Parisienne d’Yves Saint-Laurent qui rappelait un peu trop Depeche Mode, ou celui de Microsoft (Arcade Fire). Bien souvent en agence, quand la personne en charge de trouver les musiques souhaite faire une synchro (c’est comme ça qu’on appelle la synchronisation d’un titre sur un film), une demande de devis et d’autorisation aux ayants-droit du morceau est faite, en passant par les labels en tête. Très souvent ça fonctionne, mais parfois ça coince ; soit par principe (Radiohead, Björk qui ne veulent pas associer leur musique à la publicité), soit par intérêt (budget trop serré ou titre déjà vendu à des concurrents).

Il arrive ainsi que des petits malins ne demandent aucune autorisation et bricolent une version « à la manière de » très proche de l’original, parvenant à faire passer un compositeur raté pour un artiste génial. C’est ce que se sont amusés à répertorier les Islandais de Sigur Ros, qui en avaient marre de se faire piquer leurs morceaux à tout bout de champ, par Center Parks ou Coca-Cola, en passant par HSBC, Geox, Electrobras Energia et une dizaine d’autres annonceurs qui ont tous réussi à reproduire à l’identique ou presque leur morceau « Hoppipolla« . Ce n’est pas une blague, voyez plutôt par vous-même.

Le drame pour tous ces groupes, et pour Sigur Ros en particulier, c’est qu’il n’y a pas grand-chose à faire. Si n’importe quel mélomane est en mesure de distinguer l’original de la copie conforme, les juristes feront eux appel à des spécialistes qui pourront attester que cette partie de cordes est « communément utilisée », ou que la structure du titre est construite « à la manière de » sans que ce soit une « copie de ». On vous dira aussi que « en dépit du fait que les deux morceaux sont fortement similaires en termes de style musical général, d’instrument ou de structure », le morceau en question aurait pu être « créé en référence aux travaux de tel artiste en général » et qu’il n’y a aucune véritable preuve matérielle d’un délit de plagiat.

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